Pourquoi les photographes sont-ils si chers ?

 

Photo publicitaire packshot d'un bracelet

Prendre des photos de bijoux ne permet pas toujours de se les offrir

« Plus de 1000 euros pour une seule journée de mariage ? 120 euros pour une séance portrait d’une heure ? Vous devez rouler sur l’or… ». Combien de fois chaque photographe a-t-il entendu ce genre de phrase, bien loin de la réalité (malheureusement pour mon compte en banque) ?

Si certains photographes gagnent très bien leur vie, c’est bien loin d’être une généralité. Explications…

 

La séance photo, face visible de l'iceberg

Lorsque vous faites appel à un photographe pour vous prendre en photo, vous commencerez par passer du temps au téléphone pour fixer les détails. Il se déplacera ensuite pour venir au lieu de rendez-vous, puis réalisera votre séance photo. Mais à la suite de cela, il lui faudra passer à la post-production : sauvegarde, tri des photos pour choisir les meilleures, retouche, livraison sur une galerie Web ou envoi postal d’une clé USB… cette étape est de loin la plus chronophage : environ 3h de travail par heure de prise de vues. Viendra ensuite l’envoi de vos photos et de votre facture, et si vous le souhaitez, de nouvelles retouches ciblées. C’est toute cette partie qui vous est en réalité facturée, et transforme le « 150€ par heure de séance photo » en « 30€ par heure de travail ».

Le quotidien du photographe indépendant

Comme tout travailleur indépendant, le photographe doit trouver des clients. La partie marketing est particulièrement chronophage, notamment la réalisation et les mises à jour d’un site Web ainsi que la communication sur les réseaux sociaux. Lorsque quelqu’un fait appel à lui, il prend le temps d’étudier la demande, de demander un complément d’informations, puis établit un devis. Qui est très souvent refusé…

La partie administrative prend également du temps : comptabilité, déplacements à la banque, à la Poste, rendez-vous avec les partenaires et fournisseurs….

Enfin, tout bon photographe doit chercher en permanence à être au top et à se démarquer de ses concurrents : il lui faut donc se former régulièrement, réfléchir à de nouvelles idées, étudier ses dernières séances pour voir et corriger ses erreurs, se tenir au courant des nouvelles technologies et en tester certaines. Pour finir, afin d'être au meilleur de sa forme à chaque séance, il doit aussi s'octroyer quelques jours de congés.

On peut estimer le temps passé sur cette partie du travail à environ 40% du temps consacré par le photographe à son activité. Si ce n’est pas facturé directement au client, c’est tout de même à prendre en compte puisque c’est du temps que le photographe ne peut leur consacrer.

Les frais et charges

La plupart des photographes de service sont auto-entrepreneurs, et paient donc automatiquement 23,7% d’impôts sur leur chiffre d’affaires (y compris sur les frais de déplacement), auxquels se rajoutent quelques autres taxes pour un total d’environ 25%. Pour ceux qui ont choisi un autre statut, la TVA à elle seule coûte 20%, et il faut y ajouter d’autres impôts.

Sur ce qu’il reste, il faut payer : le renouvellement du matériel (boîtiers et objectifs bien entendu, mais également l’informatique, les batteries, cartes mémoire, sacs de transport, le matériel de studio, les supports de stockage sécurisés pour les photos, etc), de loin le poste de dépenses le plus important. Les assurances (responsabilité civile professionnelle, auto, local…), la mutuelle, la prévoyance, les logiciels, supports et communication et formations achèvent de plomber les finances.

Au total, c’est donc entre la moitié et les deux tiers du chiffre d’affaires qui s’évapore.

 

Conclusion

Lorsqu’un photographe vous propose 150€ pour une heure, il travaillera donc au total environ 9h pour se verser entre 50 et 75€, soit un salaire horaire net moyen autour de 8€. Le SMIC horaire net étant à 8,29€, il devient assez difficile de payer les traites de la Ferrari. C’est pourquoi, comme beaucoup de travailleurs indépendants, les photographes sont loin de se contenter de 35h hebdomadaires.

Il y a pourtant des photographes bien moins chers ?!

En effet, on peut trouver des photographes qui proposent des tarifs allant de 50 à 80€ pour une séance d’une heure, que l’on peut qualifier de « low-cost ». Plusieurs raisons peuvent expliquer cela, dont une est légitime, le photographe qui s’installe tout juste et veut donc se bâtir une clientèle. Mais les raisons les plus fréquentes sont plutôt que :

  • Certains ont une activité parallèle comme salariés, ayant déjà un salaire, une mutuelle et une prévoyance ils n’ont pas à s’inquiéter d’être rentables, mais consacrent beaucoup moins de temps à leur activité et notamment à la formation continue
  • D’autres utilisent du matériel photo bas de gamme
  • On en trouve également qui ne respectent simplement pas la réglementation : travail non déclaré, pas d’assurances professionnelles…
  • Pour finir, il y a de nombreux photographes amateurs qui font payer pour leurs services, en toute illégalité (ceci ne leur étant permis que 2 à 3 fois par an, au-delà il est obligatoire d’avoir un statut professionnel, les engager étant un délit de travail dissimulé), et qui surtout ne peuvent vous apporter aucune garantie puisque vous ne pouvez signer de contrat

Choisir un photographe low cost peut donc entrainer quelques désagréments : des photos de moins bonne qualité, une panne sans matériel de secours, des problèmes de sauvegarde… S’il peut être intéressant malgré tout de prendre le risque dans certains cas, je ne peux que vous le déconseiller si vos photos vous tiennent vraiment à cœur.